Qu'est-ce que l'homme?

C’est par cette question que Kant en arrive à l’anthropologie philosophique car elle est comme la base et ce à quoi se ramènent les trois questions qu’il pose : ‘’que puis-je savoir?’’ ; ‘’que dois-je faire ?’’ ; ‘’que puisse-je espérer ?’’. Il s’agit donc d’une question fondamentale parce que la réponse détermine notre vision du monde et notre manière d’habiter ce monde. Mais c’est en même temps une question ouverte : il est impossible de donner une réponse intégrale. 

L’homme ne peut être considéré partes extra partes. Les différentes perspectives ne sont que des perspectives, elles éclairent la question sans qu’il y ait un épuisement de sens. L’homme ne peut être totalisé. Il y a toujours une excedence du sens. 

Il y a toujours un dépassement, un inattendu… grâce à la méthode phénoménologique, l’homme sera défini comme « être-incarné-toujours-déjà-avec-au-monde-avec-autrui »1. La phénoménologie, ici, est existentielle ; aujourd’hui c’est une méthode à laquelle on recourt en théologie morale, en psychologie…

Homme et corporétié 

''QU’EST-CE QUE L’HOMME DANS SA CORPOREITE ?

Points de vue divers pour une question difficile :

1°) Gabriel Marcel : « le corps et le nexus de ma présence au monde rendue manifeste ». Je me phénoménalise à partir de mon corps.

2°) Merleau-Ponty : « le corps est la matrice de l’existence».

3º) Pour les Gens de Bangoul (Tchad), l’homme est dit ‘’beré’’ en tant qu’il est reste neutre. Il y a une variété de termes pour dire ‘’personne’’ selon les circonstances. Ainsi l’homme est dit ‘’bere’’ pour signifier ‘’personne’’. Ce terme sera joint à autres expressions quand il s’agira de dire ‘’femme – bere wo’’ ou ‘’homme – bere tana’’. En ce sens il est neutre ou peut être personnage de ces contes (dans les personnifications des animaux, etc.). Et dire ‘’homme’’ c’est dire ‘’homme adulte’’ (puisque les enfants ne font pas partie de cette catégorie conceptuelle : on les appelle ‘’wa ou ya’’. Ce terme de ‘’bere’’, au singulier devient ‘’nde’’ au pluriel. 

L’homme est aussi dit ‘’ning yo bere’’ (la chair de la personne). En ce dernier sens, ‘’homme’’ est traduit par une expression qui l’absolutise par rapport aux autres existants. L’homme, pour les gens de Bangoul est à la fois ‘’personne’’ et ‘’chair-corps’’. Nous touchons ici à une excédence de sens que l’homme a toujours présenté dans toutes les cultures et religions. Les Hébreux de la Bible ne trouvaient pas un terme unique pour dire ‘’homme’’ (sinon ‘’nefesh’’, ‘’ish’’, ‘’leb’’, etc.

La corporéité est ainsi une portée d’entrée pour comprendre ce qu’est l’homme. On ne peut définir l’homme ; l’expérience est à montrer. Nous pouvons noter que la pensée platonicienne du corps se fonde dans la plupart des cas sur l’opposition ontologique, intelligible / sensible2… L’anthropologie chrétienne est allée bien au-delà de cette vision. Les réflexions ici sont faites en référence aux dimensions corporelles : nous ne vivons pas en dehors de notre corps ; la problématique de la normativité et du corps, du corps et de l’expérience du corps. Ce corps n’est donc pas un empêchement mais une chance, et d’ailleurs il n’est pas voué à la corruption sinon que ressuscite après la mort. La question reste cependant : ‘’qu’est-ce que l’homme ?’’ Pour certains :

1°) Jean Ladrière3 dit que la tâche de la philosophie de l’existence est d’engendrer une existence sensée à partir du corps compris comme armature où se reconnaît le sceau de l’universel.

 2°) Bartolomé de las Casas, dans La controverse de Valladolid met en lumière la question de savoir si les indigènes avaient une âme. Il invite à regarder les indigènes comme un miroir ; la question étant d’être ou de ne pas être.

 3°) Merleau-Ponty, dans Phénoménologie de la perception, parle du corps organique, du corps-sujet et il invite à un dépassement. La chair est plus par rapport à la nature, au monde.

 En se donnant comme symbole, le corps abolit l’anthropologie traditionnelle. Le corps n’a donc pas un sens univoque, l’homme non plus. Ceci viserait notamment à ne pas trop se culpabiliser ou à culpabiliser l’autre mais chercher plutôt à comprendre l’autre dans son altérité, dans son autonomie. 

Le corps-homme, en effet, a une signification fluctuante parce qu’il se donne comme ceci mais aussi comme cela ; parce qu’il se soumet au jugement de valeurs et s’y soustrait à cause de son ambivalence. Le point de vue peut changer, éclater dans tous les sens. Voilà pourquoi les religions sont là qui nous aident à trouver du sens à que l’on entend par ‘’homme’’. Ce corps-homme est le sens de rayonnement symbolique dont la réalisation est faite par Dieu et en Dieu. Pour nous chrétiens, le modèle est le Christ. L’homme est l’image de Dieu. Pour cela, la question ‘’qu’est-ce que l’homme ?’’ n’a son sens qu’en la référant à Dieu.

Camille Mnayenan Nodjita, sj.