Spiritualités des peuples

Qu’est-ce alors cette spiritualité ? Disons que la spiritualité est une vie dans l'esprit, selon l'esprit dont on prétend vivre. Pour les chrétiens, la spiritualité est une vie selon le modèle que Notre Seigneur Jésus nous a laissé. Voilà pourquoi Saint Ignace de Loyola (fondateur des Jésuites) a fait cette expérience d’être appelé et être enseigné par Dieu comme un maitre, et de s’être laissé conformer à la volonté de Dieu. Ainsi la spiritualité ignatienne en est une, parmi les différentes écoles de spiritualité chrétienne. 

De la même manière, la spiritualité dans les traditions dans les villages tchadiens, c'est ces manières de vivre selon les normes laissées par les anciens. La grande différence est qu'ici, il n'y a pas d'origine personnalisé...

QUELQUES ASPECTS DU DISCERNEMENT (CF ACCOMPAGNAMENT)

La personne qui demande un accompagnement, dans le besoin de prendre certainement une quelconque décision dans sa vie. Et pour prendre une bonne décision, il faut d’abord être bien orienté. S ¡i jeune veut savoir la volonté de Dieu sur lui, il faut que cela prenne du sens pour lui tout d’abord. En effet, il n’y a pas de discernement possible sans une expérience de prière avec la Parole de Dieu qui nous permette petit à petit de donner chair à ces mots : Dieu est vie. Et évidemment, la figure du Christ apparaît immédiatement mieux indiquée pour aider à cela. Saint Jean nous rapporte ces mots du Seigneur: «Je suis le chemin, la vérité et la vie. »

Si l’on ne veut pas se tromper dans la direction, il faut apprendre à découvrir ce qu’est être homme et femme en vérité. Pour cela, il faut apprendre à connaître de plus en plus le Christ qui nous montre ce qu’est être vraiment un homme.

Quelques règles de discernement :

Prêtons attention à ce que Saint Ignace dit : ‘’Règles pour sentir et reconnaître en quelque manière les diverses motions qui se produisent dans l’âme, les bonnes pour les recevoir, les mauvaises pour les rejeter’’. 

Il s’agit des règles pour sentir : faisons attention à nos mouvements intérieurs de paix, de joie, de tristesse… et reconnaissons : le but est de reconnaître, de discerner les bonnes motions pour les recevoir, les mauvaises pour les rejeter. De fait si la connaissance spirituelle n’a pas de conséquences sur l’engagement de notre vie, elle est vaine et elle ne se traduit pas en décisions.

Saint Ignace propose des règles concrètes :

1) La première règle nº314 des Exercices Spirituels de Saint Ignace de Loyala.

‘’Chez ceux qui vont de péché mortel en péché mortel, l'ennemi a l'habitude, en général, de leur proposer des plaisirs apparents : il leur fait imaginer des jouissances et des plaisirs des sens, pour mieux les conserver et les faire croître dans leurs vices et leurs péchés. Par exemple il peut y avoir un rapport faussé à la parole : je dis et je ne fais pas. Ce n’est pas tout de suite un péché capital mortel mais bien sûr contraire à la vie. Ou bien encore: quelqu’un avoir le sentiment et l’expression de complaisance avec la dépréciation de soi: «Je ne suis pas seulement mauvais mais nul ! Et les autres ne sont vraiment pas gentils envers moi… » Il faut signaler que cela, c’est contraire à ce que Dieu dit à propos de l’homme : «Il vit que cela était bon. »

La complaisance dans la dépréciation de soi n'est pas vie, ni œuvre de la Création. Saint Ignace dit que chez les personnes qui glissent sur la pente du péché, l’ennemi donne des encouragements… ainsi dans la relation professionnelle : quelqu’un peut offenser les autres collaborateurs et avoir une promotion : augmentation de salaire et responsabilités. L’ennemi lui suggérera, dans le sens du poil : « Cela a marché ! tu pourrais essayer à nouveau : ça peut marcher!»

A l’opposé, chez ces personnes, le bon esprit utilise une manière de faire inverse : il les aiguillonne et leur mord la conscience par le jugement moral de la raison. Ce n’est plus dans le sens du poil : aiguillon, morsure de la conscience. Cela passe par l’intelligence, par le sens moral qui va jouer à l'encontre de la sensibilité. Puisque les sens sont ainsi dévoyés, Dieu nous récupère par la raison et par le sens moral.

2) La deuxième règle nº315 des Exercices Spirituels de Saint Ignace de Loyala. .

‘’Chez ceux qui se purifient intensément de leurs péchés et qui, dans le service de Dieu notre Seigneur, s'élèvent du bien vers le mieux, c'est la manière de faire inverse de celle de la première règle. Car, alors, le propre du mauvais esprit est de mordre, d'attrister et de mettre des obstacles, en inquiétant par de fausses raisons pour qu'on n'aille pas plus loin.

Et le propre du bon esprit est de donner courage et forces, consolations, larmes, inspirations et quiétude, en rendant les choses faciles et en écartant tous les obstacles, pour qu'on aille plus avant dans la pratique du bien. C’est le de tous ceux qui avancent à la suite du Christ : engagement, oraison, générosité etc.

Le propre du mauvais esprit est de mordre, d'attrister et de mettre des obstacles, en inquiétant par de fausses raisons pour qu'on n'aille pas plus loin. Alors que tout le dynamisme va dans une direction, il va y avoir des pensées qui vont venir ‘comme’ de l’extérieur – ou de l’extérieur – et qui vont commencer à m’inquiéter (souvent des pensées imaginaires) pour m’empêcher d’avancer.

A l’inverse, que fait le bon esprit ? Saint Ignace nous dit que le propre du bon esprit est de donner courage et forces, consolations, larmes, inspirations et quiétude, en rendant les choses faciles et en écartant tous les obstacles, pour qu'on aille plus avant dans la pratique du bien. L’Esprit de Dieu donne du courage et de l’élan.

Saint Ignace ajoute à ces deux premières règles qu’il y a deux grandes situations intérieures dans lesquelles nous sommes, deux grands mouvements intérieurs qui se distinguent assez clairement : la consolation spirituelle et la désolation spirituelle.

3) La troisième règle nº316. De la consolation spirituelle. Exercices Spirituels de Saint Ignace de Loyala.

‘’J'appelle consolation quand se produit dans l'âme quelque motion intérieure par laquelle celle-ci en vient à s'enflammer dans l'amour de son Créateur et Seigneur, et quand 'ensuite' elle ne peut plus aimer aucune des choses créées sur la face de la terre pour elle-même, mais seulement dans le Créateur de toutes ces choses. De même, quand elle verse des larmes qui la portent à l'amour de son Seigneur, soit à cause de la douleur ressentie pour ses péchés ou pour la Passion du Christ notre Seigneur, soit pour d'autres choses droitement ordonnées à son service et à sa louange. En définitive, j'appelle consolation tout accroissement d'espérance, de foi et de charité, et toute allégresse intérieure qui appelle et attire aux choses célestes et au salut propre de l'âme, l'apaisant et la pacifiant en son Créateur et Seigneur’’.

La consolation spirituelle, c’est lorsque je me sens uni à Dieu. J’éprouve de la paix et de la joie. Il y a trois formes de consolation :

- Une joie énorme : la joie des amoureux dont le regard est transformé et qui ne peuvent rien voir autrement qu’à travers l’amour de l’autre ; affectivité débordante ; touché au cœur.

- La tristesse, les larmes de saint Pierre qui se reconnaît pécheur mais en même temps qu’il se reconnaît pécheur, il reconnaît surtout qu’il a un Sauveur. Quelque chose s’ouvre en lui. Cela peut être douloureux mais son union au Christ s’en trouve renforcée.

- Une forme beaucoup plus ténue : un accroissement de foi, d’espérance et de charité, qui ne peut se repérer qu’après coup.

4) La quatrième règle nº317. De la désolation spirituelle. Exercices Spirituels de Saint Ignace de Loyala.

‘’J'appelle désolation tout le contraire de la troisième règle. Comme par exemple, obscurité de l'âme, trouble intérieur, motion vers les choses basses et terrestres, absence de paix venant de diverses agitations et tentations qui poussent à un manque de confiance ; sans espérance, sans amour, l'âme se trouvant toute paresseuse, tiède, triste et comme séparée de son Créateur et Seigneur. Car de même que la consolation est à l'opposé de la désolation, de même les pensées qui proviennent de la consolation sont à l'opposé des pensées qui proviennent de la désolation’’.

La désolation est un état de division intérieure : je m’éprouve comme séparé de Dieu. Ignace ne dit pas qu’on l’est réellement, mais c’est comme cela qu’on le ressent.

Saint Ignace dit qu’en période de désolation, ce n’est pas le moment de prendre des décisions importantes.

Saint Ignace applique ici avant l'heure "le principe de précaution" : en période de désolation, c’est plutôt le mauvais esprit qui nous inspire. Donc pas de décision. Je maintiens ce que j’avais décidé en période de consolation.

Par contre, Ignace nous dit qu’on peut resserrer un tout petit peu les "boulons" de notre vie spirituelle, avoir une vigilance accrue sur notre vie de prière. En période de consolation, c’est l’inverse : on va pouvoir prendre des décisions. Mais il faudra faire attention à ne pas s'attribuer à nous-mêmes cette consolation…

La consolation est un don de Dieu, nous devons l'en remercier. Et maintenant, le lien très concret à la prise de décision

Que faut-il donc, fondamentalement, pour une saine décision ? Trop souvent, on oublie que cette décision que nous devons prendre n'est pas la première de notre existence. Si nous sommes ici, c'est que nous avons déjà fait toute une partie du chemin, que nous avons accumulé une expérience, et cette expérience a une signification spirituelle. Ce chemin-là, en effet, est une histoire d’alliance avec Dieu, histoire jalonnée de périodes de consolation et de mouvements de désolation. Cela veut dire qu'on va pouvoir tirer profit de l’expérience accumulée.

J'ai pris une petite décision et je vais repérer dans le temps l’effet de la décision : effet de consolation ? ou effet de désolation ? Si c’est l’effet de consolation, cela me confirme et je continue dans la même direction. Si c’est un effet de désolation, je corrige ; il y aura peut-être des oscillations mais on peut espérer qu'au bout d'un moment, une ligne de force se dégage.

Quand est-ce que le moment de la décision sera venu ? Lorsque les oscillations intérieures auront cessé et que le oui sera supérieur au non. Autrement dit, lorsque ce à quoi j’adhère est plus fort que tous les renoncements que la décision suppose.

Pour prendre une décision :

  • Repérer ce à quoi je dis oui : oui à la vie donnée, reçue de Dieu.

  • Ce n’est que dans un deuxième temps que je vais regarder les renoncements. Trop souvent, si nous n’arrivons pas à prendre des décisions, c’est parce que nous nous fixons trop sur ce à quoi nous renonçons. Or, l’important est de regarder ce à quoi nous adhérons, qui nous met en route et qui produit des fruits de consolation.

Du point de vue spirituel, la tactique de l’adversaire sera toujours la même : dans une période un petit peu difficile de notre engagement professionnel ou religieux ou en couple, nous serons très souvent attaqués par ce à quoi nous avons renoncé. Et il est bon que nous comme accompagnateurs, que nous soyons attentifs à ces aspects pour mieux aider les jeunes.

Le peuple d’Israël qui traverse le désert a dit oui à une expérience de liberté, d’un Dieu qui le libère de la servitude. Mais dans un lieu désert, la nourriture manque. Et il se plaint en disant au Seigneur : « on mangeait mieux en Egypte ! » Mais s'ils ont pris le chemin à travers le désert, s’ils sont sortis, ce n’est pas pour faire une route gastronomique ! Ils ont dit oui à la liberté.

Pour faire face à cette tentation, il faudra se souvenir du oui à la vie qui nous a mis en route. Ce sera un lieu de vérification de la force de ce oui.

Voici quelques précisions :

- Je n’ai absolument rien contre l’imaginaire. Simplement, s’il y a imaginaire, il doit me mettre en route. Un imaginaire qui me laisse immobile au même endroit, c’est un imaginaire qui ne vient pas de Dieu.

- Une chose un peu plus subtile : le tentateur peut nous attaquer en nous suggérant une décision a priori bonne, mais excessive, trop forte.

Il est donc nécessaire d'être prudent en matière de décision.

Quelques critères peuvent y aider.

Quelques critères pour une décision saine, un peu plus juste :

  • Je ne crains pas de me laisser interroger. Une décision qui vient de Dieu, elle tient. Elle ne craint pas la question. Je peux vous assurer que dans le discernement pour les vocations, c’est essentiel. Certaines personnes viennent me voir : « Père, je suis sûr que le Seigneur m'appelle à être prêtre, Il me l'a dit pendant un temps d'adoration devant le St Sacrement !» et cette personne ne supporte pas la moindre interrogation sur le sujet. Cette personne, il l’interroger. Si cela vient de Dieu, cela tient. En général, les gens qui ne supportent pas la question sont des gens peu sûrs d'eux-mêmes.

  • Ne pas prendre la décision dans l’urgence. Trop souvent, le monde ambiant nous met de la pression... Des décisions qui sont donc importantes et qui peuvent engager non seulement mon avenir mais celui de mes proches. Et l'on se sent acculé à répondre tout de suite. Or en fait, très souvent, il y a une marge de manœuvre. Très fréquemment, lorsque nous nous sentons acculés à une décision, le simple fait de parler à quelqu'un ré-ouvre des possibles et remet du jeu. On retrouve alors un lieu où l'on peut, même modestement, engager sa liberté.

  • Pas de décision importante en période de désolation. Puisse tout ce que je vous ai dit ce soir, vous aider à votre tour à prendre de justes et saines décisions, avec la grâce de Dieu.