Spiritualités des peuples

Qu’est-ce alors cette spiritualité ? Disons que la spiritualité est une vie dans l'esprit, selon l'esprit dont on prétend vivre. Pour les chrétiens, la spiritualité est une vie selon le modèle que Notre Seigneur Jésus nous a laissé. Voilà pourquoi Saint Ignace de Loyola (fondateur des Jésuites) a fait cette expérience d’être appelé et être enseigné par Dieu comme un maitre, et de s’être laissé conformer à la volonté de Dieu. Ainsi la spiritualité ignatienne en est une, parmi les différentes écoles de spiritualité chrétienne. 

De la même manière, la spiritualité dans les traditions dans les villages tchadiens, c'est ces manières de vivre selon les normes laissées par les anciens. La grande différence est qu'ici, il n'y a pas d'origine personnalisé...

LE DISCERNEMENT EST UN PROCESSUS D’INTERPRÉTATION

Pour nous aider dans nos recherches des voies et moyens d’accompagnement, nous nous référons à quelques textes de la tradition ignatienne.

Vouloir connaître et savoir qui je suis et qui est Dieu, chercher un sens à un geste humain ou à un geste divin, comprendre et interpréter spirituellement (évangéliquement/ecclésialement) un ou des éléments de l’expérience humaine et religieuse sont des traits essentiels de l’existence humaine et de la condition chrétienne. L’interprétation affirme sans cesse la possibilité et la légitimité de l’expérience et que celle-ci peut renvoyer à la réalité d’une manière ou d’une autre et, qu’ultimement, un sens est accessible et éprouvé. (cf. la théologie de l’acte de foi selon Thomas d’Aquin : « La foi ne s’arrête pas à l’énoncé mais à la réalité.»)

Il y a, de tout temps, une diversité de modèles interprétatifs puisqu’il y a toujours une diversité de modèles axiologiques (valeurs et traditions spirituelles) et méthodologiques (disciplines et manières d’être et de faire). Plus récemment, l’interprétation de l’expérience humaine et religieuse s’est articulée autour des modèles interprétatifs du soupçon :

a. les approches psychologiques formelles ou cliniques ; cf. Freud, Jung, Erikson…visions de la personne humaine et instruments d’analyse et d’explication, d’interventions cliniques,

 b. les approches sociologiques et culturelles ; Feuerbach…lecture contextuelle, sociale et culturelle, autant d’éléments et d’instruments d’analyse que d’interprétation ; plus récemment, l’enquête et le sondage deviennent souvent des normes autant que des observations sur des faits…

c. les approches philosophiques ; Nietzsche…un pluralisme de courants et d’écoles de pensée soulevant constamment les problèmes clefs de la vérité, du bien et du mal, du sens et du néant, des valeurs et du normatif, des libertés et de la liberté, des droits et des responsabilités éthiques individuelles et collectives ; chaque système de pensée implique des conduites liées à des visions de la personne humaine et de la société d. les approches interreligieuses et interculturelles, voire « inter spirituelles »; les religions (historiques et institutionnelles) et les spiritualités dites modernes sont vécues et perçues comme des « lieux » d’expérience et de sens avec leurs dogmes et leurs morales, leurs sagesses et leurs disciplines, leurs mythes fondateurs et leurs pratiques rituelles.

L’expérience de la foi, qui est autre chose que la croyance et le sentiment religieux, est l’entrée dans une interprétation révélée du monde, de la personne humaine et de Dieu. La Révélation dans le Christ Jésus est un jugement historique et universel en ce qu’il propose une vision originale et singulière de voir et de vivre l’existence humaine. En ce sens, on peut parler d’une expérience chrétienne qui oriente et explique les principes et les exigences de l’être au monde et de l’itinéraire des personnes et de l’humanité vers leur plein accomplissement.

Le discernement évangélique et ecclésial se construit et se développe à partir d’expériences fondatrices qui sont vécues, perçues et nommées comme des principes d’être et d’agir et, forcément, comme des normes pour la conscience et des critères pour l’action :

a. Dieu appelle sans cesse l’humanité et la personne humaine (création, rédemption et parousie)

b. Dieu s’est présenté absolument en Jésus-Christ, paroles et œuvres

c. l’expérience de Jésus-Christ est exemplaire et normative pour chaque personne et les communautés qui le rencontrent et l’accueillent dans la foi, son expérience demeure pour l’histoire, les sociétés et les cultures, une inspiration et une valeur

d. l’expérience de Jésus est poursuivie, transmise et approfondie dans l’histoire par l’Esprit et l’Église, médiation d’expérience(s) et maître(s) de cheminement et d’accompagnement pluriels et communs

e. la vie dans l’Esprit et l’Église est parcours et recours à une communion et à une communauté d’interprétations (sens), à des lieux d’expériences et à des ministères complémentaires d’accompagnement f. les étapes majeures de l’évangélisation de la conscience personnelle et communautaire demeurent dans l’Esprit et l’Église :

• conversion, foi et baptême

• foi vivante (la foi opère par la charité, engagement et témoignage)

• foi vive (expériences singulières et charismatiques de l’union à Dieu) Dans une telle perspective, le discernement et l’accompagnement spirituels sont de toutes les étapes de l’expérience chrétienne et font appel à une diversité de moyens, de lectures et d’interprétations de la volonté de Dieu et de l’agir chrétien : vérification et confirmation de l’expérience et de la grâce, prière et méditation, dialogue pastoral et discernement communautaire, lecture des « signes des temps » et de la vie dans l’Esprit, dépistage et dénonciation des faux esprits, énonciation, prophétie et prédication, etc.

Tout acte historique de discernement et d’accompagnement est relatif même s’il est chargé et porteur de vérité et de lumière. L’interprétation absolue et finale de l’authenticité de la vie chrétienne relève de la Parousie et du Jugement dernier, donc de l’expérience nouvelle propre à cet accomplissement et à cette plénitude : Dieu sera tout en tous. Cette expérience totale et universelle du divin permettra une connaissance définitive et absolue des intentions et des actes des personnes et des collectivités. Le jugement ultime est aussi un discernement final. Actuellement, si l’expérience est inachevée et incomplète, il va de soi que la connaissance est inachevée et incomplète. Tout discernement actuel et humain ne peut se prévaloir d’un jugement divin et absolu. Un discernement historique est toujours contextuel et ne peut donner les certitudes absolues que plusieurs espèrent de la portée et des actes de discernement et d’accompagnement.