Spiritualités des peuples

Qu’est-ce alors cette spiritualité ? Disons que la spiritualité est une vie dans l'esprit, selon l'esprit dont on prétend vivre. Pour les chrétiens, la spiritualité est une vie selon le modèle que Notre Seigneur Jésus nous a laissé. Voilà pourquoi Saint Ignace de Loyola (fondateur des Jésuites) a fait cette expérience d’être appelé et être enseigné par Dieu comme un maitre, et de s’être laissé conformer à la volonté de Dieu. Ainsi la spiritualité ignatienne en est une, parmi les différentes écoles de spiritualité chrétienne. 

De la même manière, la spiritualité dans les traditions dans les villages tchadiens, c'est ces manières de vivre selon les normes laissées par les anciens. La grande différence est qu'ici, il n'y a pas d'origine personnalisé...

Politiques et religions en Afrique la période post indépendances.

Dans ce post, je voudrais distinguer le cas de l’Afrique (après les indépendances jusqu’aux années 2000, la période de 2000 à nos jours fera l’objet d’un autre post). Je distingue trois vagues pour situer les termes des rapports entre politique et religion : a) Pendant la période des partis uniques les régimes politiques étaient nettement hostiles à l’implication de la religion dans la politique.

Eloi Messi Metogo montre que certains régimes africains avaient cru rejeter à la fois le capitalisme et le communisme en optant pour le socialisme africain à partir des traditions. «L’Etat s’efforce d’endiguer et de maîtriser le pouvoir parallèle» qu’il voit en la religion. Les cas de l’ancien Zaïre, de la Guinée de Sékou Touré, du Mozambique, du Soudan ou de l’Algérie, suffisent pour nous éclairer à ces propos. La période de la démocratisation, dans les années 1990, est aussi marquée par des alliances pas toujours réussies de la politique et de la religion.

Politiques africaines et religions...

A-t-on compris que l’ère de la démocratisation signifiait l’entrée en politique militante de la religion ? Si j’exclus le cas du F.I.S. (Front Islamique du Salut) en Algérie pour son dérapage vers le fondamentalisme violent, les autres entrées de la religion en politique n’ont pas toujours été des réussites parfaites. Plusieurs Conférences Nationales Souveraines en Afrique ont été modérées, lors des assises, par des Evêques catholiques ; mais les lendemains de ces collaborations n’ont pas toujours été promoteurs. Ainsi « l’avènement du pluralisme ne signifie pas nécessairement la fin des tentatives de manipulation. La collaboration ambiguë des Eglises avec les pouvoirs établis est un facteur d’indifférence et d’incroyance.» C’est ce qui amène à dire que les pouvoirs politiques ont gardé de vieux réflexes contre la religion. 

Et on a continué d’entendre des hommes politiques dire aux hommes d’Eglise de garder leurs sacristies et de ne point s’occuper de la politique. Dires qui n’ont pas toujours empêché les hommes d’Eglise de donner leur vie pour des causes humaines des populations… Tels les cas de Muhinzirwa, de Kataliko en République Démocratique du Congo.

 La troisième vague est celle des mouvements religieux (sectes chrétiennes et agnostiques…) qui sont en train d’influencer et de déséquilibrer les rapports entre politique et religion. La faiblesse (l’affaiblissement) relative constatée dans les Etats africains et leurs institutions peut-elle justifier l’influence de plus en plus sentie des sectes et mouvements spirituels dans la politique en Afrique ? 

A certaines exceptions près, l’on peut dire que la puissance économique de ces sectes, mouvements religieux ou spirituels contribue à faire basculer l’indifférence des Etats dans une attitude permissive qui laisse le champ libre aux-dits mouvements religieux ou spirituels.

On peut donc admettre que sur le « plan politique […] certaines sectes sont des relais des idéologies et des politiques des pays étrangers. Cers derniers consentent de grands moyens financiers pour aider les sectes à s’implanter solidement dans un pays.» Avec l’entrée des sectes et mouvements religieux ou spirituels sur la scène politique, la difficulté de compréhension des rapports entre politique et religion changent quelque peu de teneur.

Ce n’est plus simplement des ‘’intrusions’’ (vue par les hommes politiques) ni des tentatives d’exclusion (vue par les hommes de religion). La difficulté pourrait se situer au niveau de l’acceptation réciproque qui se trouve biaisée. La politique se trouve-t-elle aujourd’hui contrainte de recourir à tous les moyens pour sauvegarder sa face ? Ou ce sont plutôt les préoccupations très terrestres et socialement évidentes qui fascinent les hommes politiques et les populations ? Ne dit-on pas que nous sommes dans une ère de l’immédiateté ?

Cette vision historique des rapports entre le politique et la religion, dans le monde et en Afrique, n’a pas toujours été sans difficultés. C’est pourquoi il faut nous pencher sur les aspects moins lumineux de cette histoire.

Camille Manyenan Nodjita, sj.