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Le Pape « que le travail ne manque à personne »

Au tchad, le travail n’est pas toujours compris comme une contribution citoyenne et les citoyens auraient raison si l’on ne leur a pas dit…

Salaire et travail juste: A l’occasion de la célébration de la fête du Travail, le Pape François en ce 1er mai, la fête en la mémoire de saint Joseph travailleur, exprimé les paroles suivantes que nous reprenons pour les Tchadiens : «prions pour tous les travailleurs. Pour tous. Pour que le travail ne manque à personne et que tous soient justement payés et puissent jouir de la dignité du travail et de la beauté du repos.»

Aux Tchadiens, ces deux concepts sont difficiles car aussi bien le travail que la dignité ne sont presque jamais bien respectés au pays de Toumai. Pour l’histoire populairement et souvent rappelée, le travail de l’Etat au Tchad n’est pas bien valorisé. On peut dire que c’est une question de culture, d’acceptation ou rejet des autorités successives dans le pays depuis un siècle. En effet, pour que le travailleur comprenne et accepte le travail de l’Etat, il aura fallu bien d’explications. Rappelons ceci :

Le travail de l’Etat sous la colonisation était perçu par le colonisé tchadien comme une corvée, car il était vu comme le travail du colonisateur européen. On disait couramment c’est le travail du Gouvernement : klaà gòg (en sara). Et puisque le colonisateur n’associait pas le colonisé dans la réflexion sur le travail, celui-ci ne l’assimilait pas effort sien sinon celui imposé par le colon. Ainsi les travaux des traçages des routes étaient purement des corvées. Si ces travailleurs recevaient un salaire équitablement un salaire, ils ne devraient pas parler du travail de l’Etat comme une corvée, mais une contribution citoyenne pour construire le pays.

A toutes les républiques jusqu’aux années 1980, les Tchadiens devaient penser que le travail était simplement le moyen le plus sûr de gagner sa vie. Etre fonctionnaire de l’Etat était synonyme d’un futur garanti. Et tout le monde rêvait d’être fonctionnaire. Mais le drame était que les Tchadiens avaient oublié que le travail de l’Etat n’était pas synonyme de repos dans l’Etat, dans les systèmes de fonctionnement de l’Etat. Ce n’était pas le travail de l’Etat qui intéressait, pas les conditions socioéconomiques de l’Etat. Et les Tchadiens ont du négligé le travail de l’Etat. De toutes les façons, ils n’étaient pas non associés à la gestion responsable. Les fonctionnaires devaient avoir compris que les colonisateurs français étaient partis et qu’ils devaient le remplacer simplement.

Il y eut le règne de Hisseine Habré, a amené aux Tchadiens un autre concept, eux qui pensaient que le travail de l’Etat devait les libérer des difficultés de l’Etat mais ce fut trop vite en besogne. Très vite le seigneur de guerre avait vite fait de tourner la chose en sa faveur. Il fut fin et intelligent : tous les Tchadiens devaient un ennemi commun et contre lequel tous les efforts devraient orientés. Et donc le travail de l’Etat ne donnait pas non son fruit escompté. Le salaire était divisé et les fonctionnaires recevaient le demi-salaire, l’autre moitié versée à l’Etat comme efforts de guerre. Et tous les Tchadiens le savent en temps de guerre ne demandent pas de comptes aux dirigeants, c’est comme ça. Même les grandes puissances le font. Et qui étaient-ils petits tchadiens pour réclamer leurs salaires intégraux. Et déjà`toute revendication ou manifestation était assimilée à un coup d’Etat manqué, personne n’osait braver le lion énervé contre les envahisseurs et leurs hordes. Et finalement les Tchadiens ne comprirent pas non plus ce que devait signifier le travail de l’Etat.

République après république et ce, successivement républiques jusqu’à la quatrième maintenant, les Tchadiens comprennent que le temps des libertés ne sont pas synonymes de salaires garantis (et même fluctuants) et ils ne comprennent pas toujours ce qu’est le travail de l’Etat. Déjà en une année certaine de 1990, la démocratie fut amenée par Idriss Deby, les Tchadiens furent trop ravis de savoir qu’au moins un brave a fait partir un brave. Enfin les Tchadiens avaient la liberté. La démocratie que l’on n’appréciera jamais assez ! Les travailleurs devaient comprendre déjà trop de trop de travail que d’avoir chassé un dictateur. Et comme cela les fonctionnaires devraient apprendre à ne pas toujours recevoir leurs salaires, ou du moins accepter les retard de salaires informellement monnaie courante. Dans cette situation les Tchadiens comprirent que le devoir de l’Etat pourrait se manquer. Puisque le salaire aussi manque, par occasion. Comme dans toute démocratie les structures légales sont mises en place pour le travail de l’Etat soit valorisé, mais les pratiques courantes contredisent les normes. Les normes sont édictées ou dictées mais les faits sont vécus. Entre les textes de l’Etat et les pratiques quotidiennes les écarts iront grandissants, jusqu’à arriver à un niveau de banalisation.

Effets entrainant, arrivent alors des années de confusions citoyennes (le fonctionnaire tchadien perdit crédit pour le travail) et on comprend que le travail ne rend pas l’homme tchadien heureux, ou du moins il pense que son travail ne saurait le rendre heureux, digne et respecté en tant que tel. La preuve, il voit que sans un travail de l’Etat le boutiquier ou le chef de bar et cabaret vit mieux que lui le fonctionnaire de l’Etat. Pour sauver la face le fonctionnaire de l’Etat se livrera à toutes sortes de mesures corruptives et corrosives pour joindre les bouts des mois.

Si enn cette occasion de la fête du travail en temps de coronavirus, les Tchadiens doivent entendre ces mots du Pape François comme une invitation à la prière et à l’action pour un monde lus juste où les salaires font vivre les travailleurs et survivre les fonctionnaires. Les mots du Saint Père sont claire : «Dieu livre son activité, son travail, à l’homme, pour qu’il collabore avec Lui. Le travail humain est la vocation reçue de Dieu et rend l’homme semblable à Dieu parce qu’avec le travail l’homme est capable de créer ». Et nous comprenons qu’avec ceci il faut comprendre que tout employeur est appelé collaborer à l’œuvre de Dieu et non à exploiter le travailleurs. Le travail doit être équitable sinon il est pure exploitation. Si les travailleurs n’ont pas leurs salaires parce qu’il n’y a pas de ressources, l’employeur est un homme qui se soucie de ses employés. Mais si les travailleurs ne reçoivent pas leurs salaires parce que le chef a destiné les ressources à d’autres fins, il devient ipso facto un exploiteur. La doctrine sociale de l’Eglise nous enseigne que les chrétiens, avec les autres concitoyens, doivent œuvrer pour un ordre juste dans la société, et non tolérer ou être complices des situations d’injustice ou de corruptions sociales. C’est trop facile de rejeter les fautes aux chefs, aux employeurs, aux présidents tchadiens, fussent-ils héritiers, arrivistes, chefs de guerre. La constante dans la comprénsion du travail de l’Etat a sruvécu à tous les présidents tchadiens, le probème est donc l’homme tchadien qu’il faut former ou meme reformer.

            Les mots du Pape François qui suivent se passent de commentaires : « Le travail donne de la dignité. Une dignité si piétinée dans l’histoire. Aujourd’hui encore, il y a beaucoup d’esclaves, des esclaves du travail pour survivre : travail forcé, mal payé, avec une dignité bafouée. La dignité des gens est enlevée ». Et encore : « Toute injustice faite au travailleur est une atteinte à la dignité humaine. Aujourd’hui, nous nous joignons aux nombreux croyants et non-croyants qui célèbrent cette journée du travailleur pour ceux qui luttent pour la justice au travail.»

            Pour les Tchadiens les paroles du Pape François qui suivent devraient résonner comme un conseil d’un sage au petit matin à un jeune : « Mais même aujourd’hui, il y a tant d’esclaves, tant d’hommes et de femmes qui ne sont pas libres de travailler : ils sont obligés de travailler, de survivre, rien de plus. Ce sont des esclaves : des travaux forcés… ce sont des travaux forcés, injustes, mal payés et qui amènent l’homme à vivre avec une dignité bafouée. Il y en a beaucoup, beaucoup dans le monde ». Et nous pouvons continuer, il y en a beaucoup à Ndjamena. Les jeunes tchadiens ont fini par comprendre (à tort) que le travail de l’Etat ne fait plus vivre les travailleurs. D’ailleurs quelques exemples concrets ont montré sans étudier, certains tchadiens s’en sortent mieux avec les armes de violences (lesquelles s’utilisent en guerre comme en temps normal). Un peu comme dans les temps médiévaux : qui fait la guerre emporte le butin après la victoire. Mais les Tchadiens ont complété les médiévaux : qui fait la guerre emporte le butin (en temps de guerre) sinon il s’emporte du bien de son prochain frère et ce serait toujours normal.

            Après une si bonne interpellation du Pape François en cette occasion de la fête de Saint Joseph le travailleur, les Tchadiens peuvent recevoir ces quelques morceaux choisis comme des remarques d’un compatriote qui croit en la justice sociale, qui est ce que Dieu veut. Et en particulièrement en ces temps de coronavirus nous joignons nos voix à celle du pape François pour tous les Tchadiens.

«À tes pieds, ô mon Jésus, je me prosterne et je t’offre le repentir de mon cœur contrit qui s’abandonne dans son néant et en ta sainte présence. Je t’adore dans le sacrement de ton amour, l’ineffable Eucharistie. Je désire te recevoir dans la pauvre demeure que mon cœur t’offre ; en attendant le bonheur de la communion sacramentelle, je veux te posséder en esprit. Viens à moi, ô mon Jésus, que je vienne à Toi. Que ton amour enflamme tout mon être pour la vie et la mort. Je crois en Toi, j’espère en Toi, je T’aime.»

            Pape François, 1 mai 2020).

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